Du figuratif, je me suis laissé porté par mon environnement ; cette région d'invasions permanentes qui a forgé des gens austères, laborieux et rudes. Les maisons sont à leur image, bâties de silex, de pierres et de briques. L'agrandissement se faisait au fur et à mesure des naissances.
J'aime ce pays où les gens si solidaires firent fortifier l'église pour tous s'y retrouver à l'abri lors des passages de soldats belliqueux et si personnels puisque chaque maison disposait de son four à pain.
Ils se retrouvaient dans ces nombreuses petites fêtes pour donner et prendre conseil sur tout, pour montrer que l'on vit malgré le froid, la misère et la peur. Ces femmes qui avec rien, devaient nourrir la tribu, assises en retrait à la veillée, écoutaient les hommes patoiser.
Que dire de ces murs où l'on ensevelissait un animal familier, ses pignons où des os étaient placés afin d'effrayer l'envahisseur.
Ce n'est pas si vieux !

C'est pour cela que mes dernières
œuvres sont empruntes avec nostalgie de ces souvenirs...


Etre ou ne pas être en Thiérache !
 

 Alexandre Dumas
père disait : « Peu importe que l’on viole l’histoire, pourvu qu’on lui fasse un enfant. »
Cet enfant naquit, ce fut un syndicat mixte et avec lui apparut la notion de « Grande Thiérache. »

Quelle Grande Thiérache ? Elle existe déjà ! (Voyons la carte ci-dessous de 1613)


Carte Thiérache en 1613

A cet effet, voyons ces « importants » engoncés dans leur habits du dimanche, assis autour de tables rassemblées, placées en fer à cheval, une bouteille d’eau, un verre, un stylo et des feuilles de papier devant leur nom, ils s’apprêtent à polémiquer sur une création déjà créée…

Les voilà comme nos politiques à changer surtout ce qui fonctionne, la Thiérache c’est eux, ils vont trancher… ajouter, supprimer des communes selon leur susceptibilité, même s'il faut oublier les racines de ces hommes forgés par cette région, cette région millénaire, cette région née de son histoire, celle de ces communes qui partageaient un cadre de vie, un paysage d’herbages de bocages et de forêts et en plus un patois… Partout d’où vous venez vous savez que vous arrivez en Thiérache.

Que dire de ces sites Internet qui sans vérifier, font passer ces informations… Puis sans scrupules, profiter de ces villages retirés de la carte de Thiérache, pour faire le bonheur de leurs publicités :

- Les églises de Thiérache,
- Les châteaux de Thiérache,
- Les circuits de randonnées de Thiérache,
- Les monuments de Thiérache,
- Les cartes postales de Thiérache,
  etc.…     


Thierry, fils de Clovis


Certains diront que l’on ne fait pas de progrès avec les souvenirs, je vais vous présenter la Thiérache, elle n’est pas mienne, déjà en 550 Saint Théodulphe en révélait l’existence sous la dénomination « Théorascia Sylva », la forêt de Thierry, le fils aîné de Clovis qui eut en partage cette région.


Voici ci-dessous la carte de la Thiérache de l’Aisne, celle qui ait toujours gardée son appellation.


Carte médiévale de la Thiérache de l’Aisne

 

La Thiérache est une région de bocage, humide et verdoyante, c’est un paysage fait de vallons, de prairies, de forêts et de cours d’eau…
 


Jadis c’était une immense forêt défrichée, lentement, depuis l’époque Gallo-romaine puis par les moines qui y fondèrent de nombreuses abbayes :

Saint-Michel en 945 – Bucilly en 946 – Foigny (commune de La Bouteille) en 1121 – Clairfontaine en 1126 – Val Saint Pierre (commune de Bray en Thiérache) en 1140.
 


Abbaye de Clairfontaine


Abbaye de Saint-Michel

 

En savoir plus sur la Chartreuse du Val Saint Pierre :


Vue et profil de la Chartreuse du Val Saint Pierre
Dessin de Hangest en 1718 – Lit. D’après la gravure d’Aveline


La Chartreuse du Val Saint Pierre fut fondée en 1140 par RENAUD, Seigneur de Rozoy sur Serre, elle fut abandonnée au milieu du XIIIème siècle à cause d’insalubrité, et reconstruite non loin de son emplacement à un endroit plus favorable, mais en 1631 il fut décidé une reconstruction générale et définitive au sommet de la colline.
 


Vue du Val Saint Pierre
- Dessin de Hangest en 1718 - Gravure de Drevet


Vue aérienne depuis le nord-ouest, marquée par 2 pavillons d’angle

       

Notons qu’en 1756, la Chartreuse était prospère, de par les dons des bienfaiteurs et les achats du monastère, elle comprenait 2 500 hectares.
Dans le couloir d’invasion elle eut à subir toutes les guerres, mais elle parvint à traverser tous ces conflits jusqu’à la révolution en 1791 ou ses biens sont confisqués, mis en adjudication et dispersés.

Le couvent du Val Saint Pierre en Thiérache est un asile de silence et de piété, il est situé au milieu de forêts immenses faisant partie de son domaine.

-> Voyons ce qu’en disait Merlin de Thionville qui y séjourna en 1780 :

« Les approches de la maison sont environnées de terres labourables, de prairies, d’étangs et de belles fermes. Une muraille très élevée en masquait et en fermait l’intérieur, l’église en occupait le fond et deux ailes en formaient les côtés, dans celle de gauche, les salles à manger, les offices, l’antichambre, le vestibule et l’escalier et au premier les chambres d’ôtes, derrière se trouvaient les cuisines, les logements des domestiques et des frères chargés de la surveillance de la maison, des jardins des terres et forêts.
L’aile droite était occupée par les religieux spécialement chargés de l’administration des forêts et de la rentrée des fonds dans la caisse des procureurs.
En retour de cette aile on descendait dans la basse cour où se trouvaient les chevaux, une vacherie, une forge, une tannerie sur un ruisseau, une buanderie, une brasserie, une pharmacie, une infirmerie et un atelier de charronnage.
De cette basse cour on entrait dans un potager qui aboutissait à un grand étang placé au milieu sur lequel était construite une machine hydraulique qui envoyait l’eau dans les cuisines et dans toutes les cellules.
 


Dessins de la pompe à élever l’eau de 1731 – AN, fonds R Dauvergne, AB XIX 4205


Chartreux en prière

 
Derrière l’église était le cloître contenant quarante cellules (certains pensent à vint cinq cellules) de quatre belles pièces chacune ».

A la tête de la chartreuse se trouve :
- Le Prieur, c’est le représentant de l’autorité centrale,
- Le Vicaire, qui remplace si nécessité le Prieur,
- Le Procureur qui s’occupe du temporel,
- Le Sacristain qui surveille tout ce qui concerne l’église,
- L’Antiquior (un ancien) qui peut remplacer le Vicaire,
- Les Religieux et les Frères.

Il y a plusieurs étapes avant de devenir Religieux, les postulants sont reçus à partir de 18 ans, il leur faut des marques sérieuses de vocations et être assez robustes pour supporter les austérités, ils doivent aussi comprendre le latin.

Le postulant est mis à l’épreuve pendant un mois, alors il peut prendre l’habit, cette robe de laine blanche des chartreux, il abandonne son nom patronymique pour prendre celui d’un saint.

Le noviciat durera une année pendant laquelle il étudiera la constitution de l’ordre et la spiritualité sous la direction d’un Père Maître.
Alors le novice prononcera ses vœux et deviendra religieux à par entière et en dehors des différents offices il s’adonnera à la prière à l’étude, à l’écriture et au travail manuel.

Pour les Frères dont le postulat dure aussi une année, période durant laquelle on éprouve sa vocation en le soumettant à des épreuves en rapport avec les occupations auxquelles on le destine. Alors il revêt une robe de laine brune et se lie à la chartreuse par un contrat civil c’est un Frère donné.
Les Frères quant à eux s’occupent des travaux matériels de la maison, on les trouve cuisiniers, boulangers, cordonniers, serruriers, forgerons, menuisiers, brasseurs, tisserands etc… Ils sont aidés dans leurs activités par des domestiques.

La grande richesse temporelle de la Chartreuse du Val Saint Pierre était incontestable, elle était la providence des pauvres du pays et des nombreux domestiques qui y vivaient.

Sa grande charité était reconnue !

Du mobilier non vendu fut transporté à l’Eglise de Vervins, un important patrimoine historique, classé en 1975, dont le célèbre tableau de Jouvenet peint en 1699, une chair à prêcher (voir ci-dessous), un autre tableau du même Jouvenet « Jésus au jardin des oliviers » et deux autres peintures représentant deux beaux portraits de Chartreux.
 


Eglise de Vervins – Chaire provenant du Val Saint Pierre


Le repas chez Simon le Pharisien par Jouvenet – H. Veiller – Explorer

 



Les Eglises fortifiées de Thiérache
 


  

Durant de longs siècles, toutes les guerres Européennes se sont jouées dans le Nord-est de la Picardie, et la Thiérache était un couloir d’invasions, pour cela au 17ème siècle, face aux pilleurs et envahisseurs de toute sorte, les habitants des villages fortifièrent leurs églises pour se protéger.
A partir de constructions datant du 12 au 14ème siècle, ces lieux de culte furent bardés de tours, de tourelles et de donjons percées de meurtrières.
A l’intérieur furent aménagés des puits, des fours à pains, de vastes salles sur plusieurs étages avec des cheminées. Dès le danger signalé la population de la commune venait se réfugier dans l’église avec leurs animaux, cela permettait aussi de tenir un siège.

 

Sur place un circuit balisé permet de visiter ces églises fortifiées de Thiérache

 

Un très bel exemple d’église fortifiée : Saint-Martin de Burelles 

 

Le village de Burelles occupe une position stratégique, elle est au croisement d’une des voies qui relient Vervins à Laon. Cet édifice est totalement dépourvue de nef, se compose d’un cœur, de deux travées et d’un transept précédé d’un clocher fortifié.
La construction en briques, comme dans la plupart des églises fortifiées de Thiérache, regroupe tous les éléments protecteurs et défensifs de l’édifice. Une tour d’escalier accolée à l’angle sud-ouest du clocher conduit à ses deux niveaux supérieurs dont le premier voûté d’ogives renferme encore une cheminée, le second étage était la salle de refuge « salle des juifs » qui occupe tout le comble du transept. Une cinquantaine de meurtrières y sont savamment placées permettant la surveillance des voies menant à l’église sans laisser d’angles morts.
 


Burelles -  l’intérieur de l’église


Burelles - Salle de refuge dite « salle des Juifs »


Burelles – l’intérieur de l’église

 



Les Châteaux de Thiérache
 

 
Carte Archives Départementale de l’Aisne

 


Dessin Archives Départementale de l’Aisne


Château de Bosmont sur Serre

 

C’est au moyen age que l’occident se couvre progressivement de châteaux. Aux XI et XIIIe siècles, se sont d’abord les châteaux sur motte (appelées mottes castrales ou féodales) qui font leur apparition. Ce sont, à l’origine, des donjons en bois édifiés sur des buttes de terre artificielles.
Les XIIIe-XVe siècles voient se répandre un autre type d’habitat seigneurial : les maisons fortes. Ce sont des plates-formes protégées par des fossés, qui sont en général de forme quadrangulaire. Pour bien marquer la différence entre châteaux sur motte et les maisons forte de moindre importance, les fossés de ces dernières ne peuvent souvent pas dépasser une certaine dimension : du fossé un seul homme doit pouvoir lancer la terre à l’extérieur en un seul mouvement.
En Thiérache, les mottes sont d’abord érigées dans les plus importants habitats pour se multiplier dans de nombreux villages. (Tiré du  texte de Bénédicte Doyen)